3 février 1881, 1L16, pp. 298-300
Demande de la
Faculté de médecine de l'adjonction
d'un interne à chacune des cliniques médicales instituées
dans les hôpitaux
"
M. Moutard Martin expose que les Professeurs de clinique médicale
de la Faculté ont exprimé le désir de voir des Internes
des hôpitaux attachés à leurs services. Ces internes
rempliraient dans les cliniques des fonctions semblables à celles
dont il sont chargés dans les autres services des hôpitaux,
ce qui permettrait aux chefs de clinique de se consacrer plus complètement à ce
qui concerne l'enseignement. Cette mesure n'a pas été bien
accueillie par le corps de l'Internat. Les internes voient là un
amoindrissement de leur situation ; ils se seront plus en communication
directe avec leurs chefs de service, ils seront relégués
au rôle de simples externes. [...] La Faculté vient, dans
quelques service de chirurgie, de nommer un chef de clinique à côté des
internes des hôpitaux. C'est un essai qu'elle fait. Elle peut attendre
les résultats que donnera cet essai. [...]" [Ajournement
de la décision].
5 mai 1881, 1L16, pp. 547-548
Construction d'un bâtiment pour loger les internes à l'hôpital
Saint-Antoine
3 novembre 1881, 1L17, pp. 60-61
Adjonction d'un interne à chacun des services de clinique médicale établis
dans les hôpitaux
"
[...] la Commission chargée de l'examen de cette affaire adopte
volontiers les propositions de l'Administration mais insiste pour que
l'avis à émettre par le Conseil fasse mention des termes
dont se sert M. le Doyen de la Faculté dans sa lettre du 9 novembre
1880 pour délimiter les fonctions des chefs de clinique et des
internes. [...]
Considérant que l'expérience qui résulte de la nomination
faite par la Faculté de chefs de clinique dans plusieurs des cliniques
chirurgicales auxquelles sont attachés des internes n'a donné lieu
jusqu'ici à aucun inconvénient sérieux et a permis,
au contraire, de constater que la présence simultanée dans
les mêmes services de chefs de clinique et d'internes ne pouvait
pas être nuisible au fonctionnement du service hospitalier. Emet
l'avis qu'il y a lieu : 1° d'adjoindre un interne en médecine à chacun
des services de clinique médicale et de nommer, au prochain concours,
un nombre suffisant d'internes pour que cette mesure puisse recevoir
son exécution dès le 1er janvier prochain. 2° d'établir
un Règlement qui délimite, autant que possible, les fonctions
des chefs de clinique et celles des internes [...]."
17 novembre
1881, 1L17, pp. 90-97
Proposition ayant pour objet d'admettre les dames étudiant la
médecine à concourir pour l'externat
Lecture du rapport [M. Moutard Martin] : " C'est pour la troisième
fois que cette question de l'admission des étudiantes en médecine
au concours de l'externat vous est soumise. Ces dames, si elles ne sont
pas nombreuses, sont au moins tenaces, et l'unanimité de vos réponses
antérieures ne les décourage point. [...] La question s'est
présentée pour la première fois en 1871 et [...]
votre réponse a été négative. En 1879, M.
Michel Möring, pressé par de nouvelles sollicitations, vous
a présenté un nouveau mémoire à ce sujet.
[...] il a voulu savoir quelle était l'opinion du corps médical
et il a consulté la commission composée de 20 membres,
médecins et chirurgiens des hôpitaux, chargée d'étudier
la révision du Règlement concernant le service médical
des hôpitaux. La Commission a été unanime pour repousser
la demande des étudiantes. Aujourd'hui vous êtes appelé à délibérer
de nouveau, à cause de la ténacité de Melle Edwards.
Ce que les femmes veulent, elles le veulent bien mais les arguments qui
ont prévalu en 1871 et 1879 conservent toute leur valeur. M. le
Directeur de l'Administration le comprend bien car il vous propose d'autoriser
les femmes à concourir pour l'externat seulement. Mais si la demande
des étudiantes se borne à cela pour le moment, elles proclament
hautement [...] leur but de forcer la porte de l'internat et de toutes
les fonctions accessibles aux concours. [...] Si vous admettez les femmes
au concours de l'externat, vous violez le Règlement en les empêchant
de concourir pour l'Internat [...]. Messieurs, nous sommes bien forcés
de les recevoir comme stagiaires puisque la Faculté, bien malgré elle,
les admet à prendre des inscriptions et à passer des examens.
[...] Mais, dit-on, les femmes suivent les visites et il n'y a pas d'inconvénient.
J'ai beaucoup consulté depuis quelques jours et le résultat
de mon enquête est que dans les services peu nombreux où les élèves
ne peuvent être tous sous l'œil du maître, la présence
des femmes est une cause de trouble [...].
[...] il faut bien vous exposer les inconvénients de l'habitation à l'hôpital.
Nous voulons que tous les internes y soient logés. Les inconvénients
de la vie en commun à la salle de garde, de la garde elle-même
pendant laquelle on est souvent obligé de porter d'urgence certains
secours qu'on ne peut décemment demander à une femme et
enfin dans le service même où il faut souvent un sang froid
et une force de caractère que certains hommes ne peuvent acquérir,
le nervotisme [sic] momentané ou permanent de la femme peut devenir
un inconvénient des plus graves. A toutes ces objections [...]
ces dames répondent par une prétention que vous trouverez
exorbitante. Nous aurons, disent-elles, nos hôpitaux à nous,
la Maternité, par exemple, Lourcine. Et alors, pour ces dames,
il faudrait désorganiser tout le fonctionnement hiérarchique
des Elèves des hôpitaux. Reçues les dernières à l'internat,
elles auraient leurs places assurées [...].
[...] votre Commission conclut : [...] Attendu que pour des raisons
de discipline, de morale, d'exigences du service hospitalier, il est
impossible
d'admettre les femmes à l'internat. Il n'y a pas lieu d'autoriser
les étudiantes en médecine à concourir pour l'externat.
M. Bouchardat est d'un avis contraire à celui de la commission.
Il est partisan de l'admission des femmes aux divers concours ouverts,
tant à la Faculté de médecine que dans les établissements
hospitaliers. Il importe de donner aux femmes tous les moyens de se créer
une position honorable par le travail. [...] M. Rochard soutient la même
thèse. Il est temps de sortir de la routine et d'ouvrir toutes
grandes aux femmes les portes des carrières libérales.
Il faut les aider de tout notre pouvoir à se faire une situation
indépendante. Il y a là une question sociale des plus importantes.
[...] M. Nicaise [...]. Il n'est pas admissible que les élèves-femmes
puissent être internes dans nos hôpitaux. Comment organiserait-on
un service hospitalier avec des internes hommes et des internes femmes
? La discipline n'aurait qu'à souffrir d'un pareil état
de choses. [...]
M. le Directeur désire ramener la question en discussion sur son
véritable terrain. [...] Il est temps d'élargir le cercle
des positions réservées aux femmes. Il est temps de faire
en France ce qui se fait ailleurs, dans d'autres pays. Admettons les
femmes à concourir pour l'externat, sans nous préoccuper
de la demande qu'elles pourront faire plus tard à l'égard
de l'internat. [...] M. Dubrisay appui les considérations développées
par M. le Directeur. [...]
Le Conseil [...] est d'avis : Qu'il y a lieu d'admettre au concours
de l'externat les élèves-femmes qui remplissent les conditions
déterminées par le Règlement sur le service de santé,
sous la réserve formelle qu'elles ne pourront en aucun cas se
présenter au titre d'élève externe pour concourir à l'internat. ».
1er décembre 1881, 1L17, pp. 121-123
Intervention de M. Moutard Martin à propos du Procès-verbal
"
M. Moutard Martin [...] veut appeler l'attention du Conseil sur ce point
que, dans la discussion qui a eu lieu, à la dernière séance,
au sujet de l'admission au concours de l'externat des dames étudiant
en médecine, il avait exprimé que la présence des élèves-femmes,
au milieu de nos étudiants, dans nos services hospitaliers, serait
facilement une cause de trouble [...]. Il demande au Conseil la permission
de lui lire une lettre qu'il vient de recevoir d'un de ses collègues.
[...] M. le Directeur ne trouve pas que le fait qu'a cité M. le
Dr Moutard Martin puisse être considéré comme un
argument sérieux contre le principe admis par le Conseil de l'admission
des femmes au concours de l'externat. Il s'agit-là d'un trouble
local, d'un fait isolé, d'un acte individuel de mésintelligence
et d'indiscipline entre un interne et un élève stagiaire.
Cet élève est aujourd'hui une femme, il sera demain un
homme. [...]" |