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.....En 1613, l'Administration de l'Hotel Dieu décida que seraient désormais logés dans ses murs le Maître-Chirurgien de l'établissement ainsi que cinq garçons destinés à l'aider. .....C'est ainsi que, pour la première fois dans l'histoire des Hopitaux de Paris certains membres du personnel médical se trouvèrent appelés à résider sous le meme toit que leurs patients. .....Deux soucis avaient commandé la décision des administrateurs de l'Hotel Dieu : d'abord celui d'offrir aux malades hospitalisés la garantie d'une présence médicale continue, ensuite celui de pouvoir accueillir à toute heure du jour et de la nuit ceux venant de l'extérieur et dont l'état réclamerait des soins immédiats. .....Pareille mesure, permettant d'organiser un service de garde et confiant celle-ci à des élèves logés, portait en elle le principe meme de l'Internat. .....Il n'y a pas lieu de s'étonner que l'honneur de cette innovation ait échu à l'Hotel Dieu. C'était à cette époque le seul grand établissement hospitalier de Paris. Situé au coeur meme de cette ville et déjà vieux de prés de mille ans, l'Hotel Dieu, selon l'expression dont Tenon usa plus tard, constituait son "infirmerie naturelle". .....C'était aussi, en ce temps, le seul hopital chargé de responsabilité officielle et soumis à une administration municipale. Depuis 1505, en effet, sa direction avait été retirée aux chanoines du chapitre de Paris et se trouvait confiée à huit bourgeois notables dont la réunion constituait le bureau de l'Hotel Dieu. [Alphonse Gardie, "L'Assistance Publique à la lumière de son évolution historique"] .....Les autres hopitaux de Paris se réduisaient à quelques fondations de capacité très réduite et qui n'ouvraient leurs portes qu'à des catégories bien déterminées de patients. .....Les Quinze Vingt étaient réservés aux malades des yeux. .....La Charité ne recevait que les malades hommes et n'avait que très peu de places .....Saint Louis n'était pas encore achevé et ne devait d'ailleurs ouvrir ses batiments que pour le cas d'épidémie. .....Au seul Hotel Dieu incombait en fait la totalité dess charges hospitalières de Paris, ville de 400 000 âmes et comptant 30 000 à 40 000 indigents .....Les documents de 1613 nous ont conservé les noms des cinq premiers garçons ou compagnons chirurgiens qui vinrent habiter l'Hotel Dieu pour y assurer la garde et préter leur aide au Maitre-Chirurgien. Ils s'appelaient Pierre Mesnyer, Pierre Jantoch, Toussainez, Laurin et Lebeuf. On s'accorde généralement pour les saluer au titre des premiers Internes des Hopitaux de Paris [Cornu, "-A l'hopital il y a deux siècles- l'Hotel Dieu, les compagnons chirurgiens et externes"]. Tout donne à penser qu'eux memes et leurs successeurs furent des auxilliaires assez humbles, à peine plus que les servants du Maitre-Chirurgien. Peut-être certains d'entre eux étaient-ils meme venus à la chirurgie comme il advint un jour à Gil Blas d'en faire métier. .....Mais assez rapidement les fonctions des compagnons chirurgiens semblent avoir pris de l'importance et le registre des délibérations du Bureau de l'Hotel Dieu reflète l'interet de plus en plus considérable que les administrateurs doivent leur porter. Périodiquement sont édictés de nouveaux réglements, un peu comme de nos jours paraissent à intervalles réguliers de nouvelles éditions des dispositions concernant le service de santé. .....Un texte datant de 1629 et concernant la nomination de Jehan Millot comme Maistre Chirurgien de l'Hotel Dieu parle des compagnons ses élèves et de l'obéissance qu'il devra en obtenir. Il est conçu en ces termes : "Jehan Millot, ayant été reçu pour estre le Maistre Chirurgien de l'Hotel Dieu, estant nourri, logé et gagé, se rendra assidument pour exercer la charge et aura sous lui les cinq garçons chirurgiens experts et capables, nourris aux dépens de la maison, ceux qui ont esté reçus et registrés au Bureau, sur lesquels il aura l'oeil et l'autorité.". .....De ces cinq garçons experts et capables, les réglements nous disent qu'ils "exécuteront promptement les saignées et autres opérations de leur charge", qu'ils ne "s'absenteront de la maison sans le congé de leur maistre", enfin qu'ils "honoreront et respecteront les maistres, sous-maistres, Prieures et Sous Prieures, Médecin et dict Maistre ...". .....Ce sont là des formules qui sentent déjà le zèle, l'assiduïté et la subordination dont se parent aujourd'hui encore le moindre certificat d'activité hospitalière. .....Un réglement paru en 1655 fixe la tache et définit les devoirs des compagnons chirurgiens avec une minutie, une rigeur qui ne sont pas sans évoquer la règle d'un couvent. Tout au long de ses 23 articles se dessine l'image pitoresque d'uen activité qui force l'admiration.
[Brièle, Collection des Documents pour servir à l'histoire des Hopitaux de Paris] .....Certes, le travail des Compagnons Chirurgiens doit être rude, mais quelle ne doit pas être aussi l'étendue du champ d'expérience qui s'offre à eux? Nul autre école ne pourrait leur donner une pratique aussi considérable: leurs malades sont innombrables; sans relache ils ont à se pencher sur eux et tout au long des quatres années qu'ils passent à l'Hotel Dieu, ils sont à meme d'observer les gestes et d'écouter l'enseignement de Maitres éprouvés. Mieux encore, ils partagent le toi de leur chef direct et nul doute que ce contact permanent ne soit à l'origine d'un esprit de travail particulièrement fécond.
.....Toute peine mérite salaire. .....Les capacités des Compagnons Chirurgiens de l'Hotel Dieu furent sans doute appréciées de bonne heure, car trés vite apparut une nouvelle fonction dont le privilège leur fut réservé, celle de "Gagnant-Maitrise". Ce dernier était un Compagnon ayant terminé ses quatres années d'activité et que ses qualités avaient fait spécialement aprécier de ses chefs. Il avait pour mission d'enseigner à ses camarades plus jeunes. A ce titre, il se trouve être le véritable ancêtre, le précurseur de l'actueil Chef de clinique. En outre, ainsi que l'indique son nom, il parvenait en exerçant ses fonctions à la Maitrise en chirurgie. .....C'était, sans nul doute, un substantiel avantage qui venait ainsi récompenser les Compagnons désignés pour cette emploi. Outre la possibilité de demeurer six ans encore avec d'importantes fonctions hospitalières à l'Hotel Dieu, il y avait le privilège d'accéder à la Maitrise sans meme avoir à soutenir de thèse [P. Vallery-Radot, Histoire de la thèse de maitrise et de doctorat en chirurgie à Paris. Hippocrate dec 1938] .....Privilège qui avait son prix car la soutenance de la Thèse, qu'on appelait aussi "acte public", était extrèmement onéreuse, au point que nombre de Compagnons ou d'anciens Compagnons devaient se trouver dans l'embarras pour faire face à pareille dépense. .....Il n'est pas ininterressant de noter que la meme faveur fut accordée dans le meme temps aux apothicaires de l'Hotel Dieu dont une ordonnance de 1648 dit "qu'ils seront reçus et admis maitres apothicaires en la ville et faubourgs de Paris sans aucune difficulté et sans frais ". [Un livre du Centenaire de l'Internat en pharmacie des Hopitaux de Paris.1922] .....De très bonne heure également apparurent à l'Hotel Dieu des élèves, des aides venant à l'hopital seulement pour la matinée : les ancètres des externes. Parmi ceux-ci, il y eut à l'origine les "pensionnaires" du maitre chirurgien et plus tard on distingua parmi l'ensemble des externes ceux qui avient une fonction permanente et définie, les "commisionnés" ou "commisionnaires" [Il y eut de 12 à 120 commisionnés. Leur nombre fut fixé à 74 en 1726. Gazette des Hopitaux 1901]. Initialement on exigea des externes que d'avoir dix huit ans accomplis, un extrait de baptème et un certificat de bonnes vie et moeurs délivré par le curé de leur paroisse. Plus tard on exigea d'eux plus de connaissance et c'est dans le rang des commissionnés que se recrutèrent les compagnons internes. .....Ceux-ci avaient autorité sur leurs externes, répartissaient leurs taches, veillant à ne leur confier que des travaux qu'ils soient susceptibles de mener à bien et dans les meilleurs conditions pour leur malades. .....Mais on a vu que le réglement interdit cependant aux Compagnons de se décharger du travail qui leur incombe pour le donner à leurs subordonnés; ils doivent avoir pour ce faire l'assentiment du Maitre Chirurgien ou du gagnant maitrise. Et comme toute hiérarchie amène à user de signe distinctifs les Compagnons Internes reçurent un tablier blanc, les externes un tablier noir. [Cette usage parait dater de 1666. Les "pensionnaires" du Maitre Chirurgien portaient le tablier noir des externes, mais avaient droit en outre de l'agrémenter d'un ruban rouge. Les "pensionnaires" étaient des élèves, peu nombreux, qui prenaient pension chez le Maitre Chirurgien et l'assistaient dans ses opérations en ville. Nous avons eu entre les mains un contrat passé entre un chirurgien et les parents d'un apprenti qui lui était confié pour deux ans.]. .....Les places de compagnons Chirurgiens furent probablement assez rapidement briguées par de nombreux postulants, d'où l'apparition de formalités de nommination qui impliquent en fait un choix parmi les divers candidats. .....L'examen d'entrée se déroulait dans la chambre de l'Administrateur Résident de l'Hotel Dieu. Devaient etre présents, formant une sorte de jury, plusieurs médecins de l'hopital, le Maitre Chirurgien et le gagnant-Maitrise, tous graves personnages qu'on imaginerait bien volontiers alignés derrière quelque grande table avec un candidat un peu mal à son aise, faisant appel à toute sa présence d'esprit pour bien répondre et donner bonne opinion de lui.
..... Un texte de 1663 comporte un paragraphe précisant les formalités administrative de l'épreuve : ..... "Pour parvenir au dit examen, celuy qui désirera le subir, présentera sa requeste au Bureau à cet effet, laquelle sera répondue et signée et aprés l'examen le jugement qui sera fait de sa capacité sera écrit au bas de la dite requeste et signée des dits administrateurs présents ou du moins l'un d'eux, et de Messieurs les Chirurgiens et Médecins et la dite requeste sera rapportée au Bureau pour avoir une permission de travailler sans laquelle les Maistres Chirurgiens ne souffriront point qu'il travaille." ..... Il y a peu de places, de cinq à l'origine, le nombre des Compagnons Internes passe à dix puis douze, mais il demeure très limité. C'est pourquoi être reçu est un évenement d'importance et l'accession à ce grade est l'occasion de réjouissances que le nouvel élu se doit d'offrir à ses ainés. Ces réjouissances ne durent pas toujours comporter la retenue souhaitable pour une maison qui fut fondée dit on par Saint Landry et où l'on n'était admis qu'aprés avoir été confessé par le chapelain de service. ..... En témoigne cette note aux termes de laquelle le nouvel arrivé offrira des lancettes au Maitre Chirurgien, au gagnant maitrise et à ses compagnons plus agés "en lieu et place de certains festins de bienvenue qui se faisaient cy devant, lesquels sont absolument défendus"1663. ..... Faut il voir dans les festins dont il est fait mention ici l'origine de la tradition des "tonus d'entrée", et doit on en déduire de la défense qui en est faite que les luttes intestines qui opposérent tant de fois Directeurs et Internes ont des précédents séculaires. ..... Il n'est pas loisibles d'y répondre, mais on peut constater sans difficulté que la discipline à laquelle on astreignait les Compagnons Chirurgiens était sevère.Ils étaient tenus d'assister aux prières publiques et le soir ils avaient à se retirer dans leur chambre de bonne heure, ensuite de quoi, dit une ordonnance, "ils éteindraient soigneusement leur chandelle, craintes de feu, sans qu'il leur soit permis de veiller à des heures indues sous prétexte d'études" [cité par H. Raymondeau] ..... EEn revanche il est bien probable que les Compagnons Chirurgiens ont du être parfois de joyeux lurons et qu'il leur arrivait de donner du souci à la Mère Prieure et aux respectables membres du Bureau. ..... Parmi leurs devoirs il est précisé en 1629 qu'ils auront à coeur de "se comporter avec respect et honneur, avec toute honnesteté envers les Religieuses et filles...." ..... En 1661 parait cette note qui fait les délices du Docteur Cabanes et de tous ceux qui se sont occupés des précurseurs des Internes : il y est dit que le Compagnon de garde "lorsqu'il aura sujet de visiter quelque femme plus particulièrement ne s'enfermera pas avec elle mais appellera la personne députée à cet effet en présence de laquelle il fera la dite visite". La "personne députée à cet effet", la "visiteuse" comme on l'appelait devait être, disent les documents du temps "une femme honneste, d'age de cinquante ans environ". ..... De 1613 à 1802 la fonction de Compagnon Chirurgien se trouva soumise, sans aucun doute, à d'importantes modifications. Le recrutement, le degré d'instruction, l'importance de la place occupée par les Compagnons Internes dans l'hopital subirent certainement de grands changements. ..... Les diverses péripéties de la longue et terrible lutte qui opposa Médecins et Chirurgiens pendant les XVII éme et XVIII éme siècle ne manquèrent sans doute pas d'avoir à l'Hotel Dieu leurs échos. ..... Au début du XVII éme siècle les Médecins représentaient sans contexte l'aristocratie de la Profession Médicale. Pour parvenir au Doctorat il fallait d'abord être Maitre es arts, c'est à dire avoir subi avec succés les épreuves d'un examen dont la tenue fait qu'on peut le comparer à l'actuel baccalauréat. Puis il fallait acquérir successivement en Faculté les grades de bachelier, de licencié et enfin de Docteur. Il était demandé au futur Médecin des connaissances théoriques excessivement étendues et il fallait soutenir un quantité d'épreuves diverses et plusieurs thèses. ..... Les études de chirurgiens étaient infiniment plus modestes. Elles avaient beaucoup moins d'éclat et le recrutement des élèves chirurgiens était probablement beaucoup plus humble. ..... Les Médecins méprisaient les Chirurgiens, travailleurs manuels et la confusion désastreuse de leur corporation avec celle des barbiers dut achever de jeter le discrédit sur eux. ..... En 1660 fut promulgué cet arrêt significatif aux termes duquel "la communauté des Chirurgiens-Barbiers" devait "porter honneur et respect à la Faculté de Médecine et aux Docteurs Régents, leur obéir comme écoliers et disciples à leurs Maistres". ..... En ce temps les Médecins devaient considérer les Compagnons Chirurgiens de l'Hotel Dieu comme des infirmiers d'une essence un peu supérieure, habiles et relativement instruits, mais bien incapables cependant d'accéder au niveau ordinaire de leurs discussions. Dans d'autres circonstances ils devaient les regarder comme un manière de garçon d'amphithéatre, utiles parce qu'on peut leur demander de découvrir un viscère ou de faire une artériotomie réglementaire. ..... Le Chirurgien Chef de l'Hotel Dieu, le Maitre Chirurgien qui commandait aux Compagnons était lui meme assujeti entièrement aux ordres des Médecins, opérait sur leurs indications et passait aprés eux dans l'ordre des préséances. ..... Il n'y avait pas de Médecins résidents à l'Hotel Dieu et la garde ne fut jamais assurée que par les Compagnons chirurgiens. ..... Peut être y eut il de façon éphémère un Médecin logé dans l'hopital, comme l'a signalé Corlieu [Corlieu - Les Médecins de l'Hotel Dieu du XVéme au XIXéme siècle -. France Médicale 1898.], mais en 1691 comme en 1729 et en 1790 on discuta de l'opportunité d'une garde médicale. ..... Peut être y eut il de façon éphémère un Médecin logé dans l'Hopital
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